Saturday, May 09, 2009

Nature et religions, numéro spécial de Terre Sauvage

La vision utilitariste de la Création méconnaît son côté sacré. Les bonnes intentions du développement durable ne font-ils que la gestion de la nature, oubliant la dimension spirituelle de la Terre? Et si l'humanité sortait de la réflexion sur l'urgence écologique pour se pencher sur les causes du péril? La difficulté réside dans le fait d'avoir une parole d'espérance, tout en dénonçant la défiguration du monde. La planète ne doit-elle pas s'exercer à l'autolimitation? Si nous vivons dans un monde limité, essayons de la regarder autrement... Terre Sauvage a réuni Moïse Lewin, Dominique Lang, Goran Sekulovski, Mohammed Taleb et Jean-Pierre Rive, spécialistes des religions juive, catholique, orthodoxe, musulmane et protestante, pour en débattre dans un dossier spécial "La nature: ce qu'en disent les grandes religions".

Sunday, August 03, 2008

La mystique et l'histoire au "pays de Dostoïevski"


Deuxième volet d'une enquête théologique sur la manière de penser Dieu en politique : "le pays de Dostoïevski". Le tsarisme, le communisme, l'autoritarisme, la sainteté et le nihilisme russes vus d'une façon totalement renouvelée. Un essai sans égal, sur le pays "théophore" dont l'identité ne peut être comprise sans l'orthodoxie.

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Thursday, September 20, 2007

Dépasser les illusions du "dialogue"

Mais qu'est-ce qu'un dialogue?
Et qu'est-ce qu'une culture?
Que veut dire "le dialogue des civilisations", cette formule pieuse, le dernier dogme d'un monde sans dogme et que faire pour qu'il ne tourne pas à "l'exutoire", voire à l'"exorcisme"?
La conférence inaugurale de Régis Debray lors du deuxième Atelier culturel (Méditerranée) tenue le 28 juin 2007 à Séville à l'invitation de la Fondation des Trois Cultures, vient d'être publiée chez CNRS Editions sous le titre Un mythe contemporain : le dialogue des civilisations.
Voici un petit extrait: "Il nous faut partir de ce constat, en toute sérénité, si l'on veut éviter que ne s'instaure à la longue une sorte de théâtre à double foyer où sur une scène illuminée une troupe de brillants professionnels du dialogue pour le dialogue (l'alter ego diplomatique de l'art pour l'art) viendrait débiter d'édifiantes tirades - dans ces stations spatiales au sol que sont nos grands hôtels, mais sans avoir à vivre durablement ensemble - tandis que sur une scène obscure mais infiniment plus peuplée, ceux qui sont appelés à vivre côte à côte sans dialoguer, continueraient de se tirer dessus comme par devant" (p. 12-13).
On peut vivre ensemble sans dialoguer et dialoguer sans vivre ensemble, n'est-ce pas?

Sunday, April 22, 2007

Amérique et l'an(onym)us Cho Seung-Hui

Les derniers évènements liés avec l'an(onym)us Cho m'ont rappelé à un grand, intelligent et surtout compatissant roman, Les corrections de Jonathan Franzen paru dans les Editions d'Olivier en 2002 (et également en poche au Seuil, collection Points roman en 2003). Mélange entre mega-roman postmoderne et saga d'une famille Victorienne, ce livre "de notre temps" brosse l'Amérique moderne, une Amérique minée par les fluctuations boursières et la fraude, dont les citoyens sur-consomment toutes sortes de médicaments parce qu'ils n'acceptent aucune imperfection, qu'elle soit de nature psychologique, financière ou physique. C'est aussi cette Amérique qui croit encore au bien-fondé de la peine de mort, une Amérique que l'on voit, que l'on côtoie tous les jours, une Amérique qui fait un peu peur et que Franzen a superbement résumée en quelques 700 pages dont toutes valent la peine d'être lues.
L'un des aspects de la vie moderne que ce roman voulait dénoncer, c'est le fait "qu'il y a maintenant un seul type d'humain acceptable, et si vous n'êtes pas de ce type, "nous avons des médicaments pour vous aider".

Franzen colle bien à son époque, sans le cynisme ni la volonté démonstratrice d'un Houellebecq, simplement en dressant l'inventaire de quelques vies, certains en devenir, d'autres déjà foutues.

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Thursday, April 19, 2007

La désunion entre l'Occident et l'Orient : bref essai sur la date du "schisme"

Quelles sont la nature ete la date du schisme entre les Eglises d'Orient et d'Occident? Tout le monde admet aujourd'hui que l'Orient et l'Occident se séparènt par un "estrangement" progressif qui dura un millénaire entier. Des éléments de cet "estrangement" apparaissent clairement déjà au IVe siècle. Dès cette date, en effet, il existe une certaine polarisation en théologie trinitaire et les débuts d'une divergence ecclésiologique : alors que l'Occident latin attribue une importance très particuluère aux sièges dits "apostoliques" et que le siège romain prend conscience de son caractère "pétrinien", l'Orient, où les sièges "apostoliques" sont tellement nombreux qu'ils ne saurent prétendre à une importance administrative quelconque, établit la primauté constantinopolitaine, basée uniquement sur les facteurs empiriques faisant de la capitale impériale le centre veritable de la vie ecclésiastique. Cet "estrangement" initial s'approfondit progressivement, favorisé par les différences politiques et culturelles et aussi par les interminables controverses christologiques en Orient, auxquelles - si l'on excepte le pape saint Léon et le concile de Chalcédoine - le siège romain ne prend pas une part vraiment active. On en arrive ainsi au long schisme du temps de l'iconoclasme byzantin et, finalement, au conflit entre le pape Nicolas I (858-867) et le patriarche Photius (857-867, 877-886). Le fait que les deux Eglises aient pu trouver la voie de la réconciliation au concile photien de 879-880 et que, même après l'adoption du Filioque par l'Eglise de Rome (probablement en 1014), on ait généralement continué, de part et d'autre, à considérer les divergences comme essentiellement passagères, réduit les évènements de 1054 à leurs dimensions réelles : celles d'une tentative avortée de rapprochement. En effet, les excommunications de 1054 concernaient les légats du siège romain, conduits par le cardinal Humbert et le patriarche Miche Cérulaire, en tant que personnes. Il n'y eut pas, en 1054, de schisme entre les Eglises comme telles. Par contre, il est inexact de penser qu'après leur geste symbolique, le schisme lui-même n'existe plus. On considère souvent que les croisades et, particulièrement, le sac de Constantinople en 1204, constituent la vraie date du schisme. On peut, en effet, considérer que l'établissement d'une hiérarchie latine parallèle en Orient, et particulièrement celle d'un patriarcat latin à Constantinople, constatait l'évidence du schisme. Il semble que telle était l'interprétation qui dominait chez les Occidentaux : au XIVe siècle, Hongrois et Polonais commencent à "rebaptiser" les orthodoxes qui entrent dans la communion romaine. Quant aux Byzantins, ils étaient à peu près unanimes - malgré la quatrième croisade et les sévices dont ils avaient été l'objet - à considérer les latins comme faisant toujours partie de l'oikoumenè chrétienne. Cela est vrai non seulement des politiciens "latinophrones" de la cour des Paléologues, qui étaient toujours prêts à accepter une Union "politique" destinée à provoquer une croisade anti-turque, mais aussi des milieux conservateurs qui prenaient très au sérieux les problèmes théologiques, particulièrement le Filioque. Refusant une Union basée uniquement sur les intérêts politiques, ces milieux prônaient la convocation d'un concile œcuménique, où les divergences dogmatiques auraient pu être librement débattues. Jusqu'au début du XVe siècle, les papes refusèrent pourtant l'idée d'un "concile d'union" sans pénitence préalable de la part des orthodoxes. Ce fut le mouvement conciliariste d'Occident qui, en proclamant la supériorité du concile sur le pape, changea pour un temps l'attitude de la papauté à l'égard d'une procédure conciliaire d'union avec les grecs. Une tentative d'union, le Concile de Ferrare-Florence se termina par une double tragédie : la fin du conciliarisme et le schisme définitif entre l'Orient et l'Occident. En 1444, l'Eglise de Russie expulsa le métropolite Isidore, partisan et architecte d'union, et, dans l'ensemble du monde orthodoxe, on adopta un office de récondiliation des latins avec l'Eglise orthodoxe, les plaçant parmi les hérétiques de deuxième catégorie qui, d'après le canon 95 du concile Quinisexte (692), devaient être reçus par l'onction du Saint Crême (Voir Rhallès-Potlès, Syntagma tôn ierôn kanonôn, V, repr., Athènes, 1966, p. 143-147).
La séparation s'établit donc à l'état stable. On sait que, par la suite, le synode constantinopolitain exigea même le "re-baptême" des latins (1755), en conformité avec des décisions similaires prises en Russie au XVIIe siècle, mais cette attitude rigoriste ne recueillit jamais une adhésion unanime de toutes les Eglises orthodoxes.

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Saturday, April 07, 2007

Seul le roman transcende l'événement, devient l'événement


Une édition de poche récente chez Rocher du livre ultime de Dominique de Roux, Le Cinquième Empire, paru deux semaines avant sa mort, le 29 mars 1977. Plus d'informations sur cet auteur "provocateur" sur le blog de Stalker, ici, ici et ici

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Occident, Orient : de la mort de Dieu à la Pâque royale par Bertrand Vergely*


Quoi qu'ils partagent la même foi dans le Christ, orthodoxes et catholiques ont des traits qui les distinguent, notamment dans leur approche du vendredi saint. Quand il est question de cet événement central de la vie des chrétiens, la théologie catholique traditionnelle enseigne que l'humanité ayant péché contre Dieu et se trouvant dans l'incapacité de réparer sa faute en vertu de sa faiblesse, Dieu, dans un élan d'amour, a offert en sacrifice son fils, et celui-ci s'est donné pour le monde avec une abnégation sublime.
Une telle interprétation initiée par saint Paul n'est pas dépourvue de profondeur. Il faut avoir le génie de ce grand apôtre pour déceler, derrière Jésus mourant sur la croix, l'innocent prenant la place du coupable afin de lever le péché d'Adam, ce coupable qui se croyait innocent et ne demanda jamais pardon. Envisager la mort du Christ ainsi, c'est déboucher sur une relecture de l'histoire de l'humanité, dont René Girard est aujourd'hui l'interprète le plus stimulant. On se condamne aussi à provoquer les crises qui ont secoué l'Occident et le secouent encore.
Faisant du règlement de la dette que l'humanité a contractée envers Dieu le sens unique de la crucifixion de Jésus, une impitoyable logique du châtiment triomphe, mettant en scène un dieu tellement inféodé à la loi qu'il préfère envoyer son fils à la mort de peur que cette loi ne soit pas respectée. Le Christ lui-même devient un héros mourant pour l'humanité. La loi et le christianisme à sa suite se transforment en une religion célébrant les vertus de la souffrance, en mémoire de son fondateur. Epousant ce mouvement en faisant l'éloge de l'héroïsme sacrificiel, la culture rend possible l'Inquisition. Qui ne souffre pas devient suspect. La liberté apparaît comme une injure adressée à la souffrance rédemptrice. Mais quand la loi triomphe, l'argent fait son entrée. Là où tout se rachète par la souffrance, tout peut s'acheter. Le ciel et son pardon, par exemple. La question des indulgences, à l'origine du schisme entre catholiques et protestants, est ouverte.
Enfin, quand le dieu punitif triomphe, l'athéisme naît. Lorsque Nietzsche dénonce le masochisme chrétien qui multiplie les crucifix porteurs de christs en plâtre ensanglantés et agonisants, le philosophe s'attaque à la logique qui sous-tend ces objets : à ses yeux, une mort ne répare rien, elle ajoute un mal à un mal existant, seule la vie innocente et libre sauve de la mort. D'où le refus contemporain de Dieu. Lorsque celui-ci donne l'impression d'être une figure du mal réclamant châtiment et mort, c'est dans la haine de Dieu que l'ignorance spirituelle a le sentiment de redécouvrir la vie.
Le catholicisme ne se réduit pas au pharisaïsme chrétien, mais c'est lui que l'orthodoxie retient pour marquer sa différence en proposant une autre approche. A l'image de Denys l'Aréopagite, père de toute la théologie chrétienne après saint Paul, enseigne que le Christ n'est pas tant venu payer une faute que restaurer une royauté. Ce que Dostoïevski, comme Berdiaev, s'efforceront de faire comprendre à notre monde.
Les hommes qui doutent de Dieu, de l'homme, de la vocation de l'humanité comme de leur propre existence, se donnent des faux dieux et des faux rois pour se rassurer et posséder quand même un dieu et un roi. Aussi se reconnaissent-ils dans des dieux et des rois séduisants, riches et puissants, c'est-à-dire ivres d'orgueil, de pouvoir et de mort. Voilà pourquoi le Dieu vivant et réel, Dieu d'esprit et de profondeur, est crucifié tous les jours.
En venant vivre et enseigner sans être un roi d'orgueil, puis mourir dans la plus stupéfiante humilité, le Christ est venu rétablir la royauté véritable sur son trône et libérer l'humanité des dieux et des rois qui l'asservissent. Les soldats romains et les Juifs au pied de la croix du Christ s'en rendent compte. Après l'avoir couvert d'injures et de crachats, ils le reconnaissent comme le fils du Dieu vivant. On peut inventer un dieu qui ne meurt pas. On n'invente pas un dieu qui meurt. C'est dans la mort de Dieu que se trouve cette preuve de son existence que l'humanité recherche tant. La également se trouve la plus grande des guérisons.
Un dieu qui envoie son fils restaurer la royauté véritable de Dieu afin que l'homme accède à la sienne n'est pas inféodé à la loi. Il ne veut pas le châtiment et la mort, mais la vie et la liberté. Celle-ci n'est pas suspecte. L'Inquisition n'a pas lieu d'être. Plus l'homme découvre son originalité, plus il rencontre son origine et son mystère. Un dieu qui paie la restauration de la royauté par sa vie, ne réclame pas que l'on paie. Il n'achète rien. On ne l'achète pas. Si on n'est plus dans une logique de rachat, le schisme entre chrétiens n'a plus lieu d'être.
Enfin, si la mort ne répare rien parce que la royauté vécue jusque dans la mort est seule à sauver, inutile de haïr Dieu pour se délivrer d'une logique du châtiment. Il suffit de s'ouvrir au dieu royal pour sortir du dieu légal. L'athéisme n'a plus aucune raison d'exister.
Le dieu juridique qui a tant marqué l'Occident concerne tout le christianisme qui devient punitif lorsque, pour sauver la société, il se politise et gendarme le monde. Le dieu royal qui a tant marqué l'Orient concerne lui aussi tout le christianisme, la grande mystique catholique sachant être celle de «l'homme noble» dont parle maître Eckart, un homme né «prêtre, prophète et roi».
On a souvent fait de la mort du Christ la clef de sa résurrection, en cédant à une vision punitive et juridique. On a rarement envisagé la résurrection comme la clef du vendredi saint, car ce jour est une naissance et pas simplement une mort. Une religion imaginaire meurt. Une religion nouvelle et inconnue surgit. C'est elle qui réconciliera Occident et Orient. C'est elle qui a fait dire au père Alexandre Men, assassiné à coups de hache par les communistes russes, que «le christianisme ne fait que commencer».

paru dans Le Figaro du 13 avril 2006

* Philosophe, professeur au lycée Pothier à Orléans, à l'Institut d'études politiques de Paris et à l'Institut de théologie Saint-Serge, auteur de Le Silence de Dieu face aux malheurs du monde (Presses de la Renaissance)

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